S’il est une question qui a cristallisé les débats entre partisans et opposants des théâtres virtuels, c’est bien celle de la prétendue disparition de l’acteur, conséquence apparemment inéluctable de l’utilisation des technologies numériques au théâtre. Certains ont vu dans les ordinateurs la fin de l’acteur, sa disparition définitive des planches, sa mise au rebut. Être ici ou être pixel : comme s’il n’y avait pas d’autre alternative qu’un choix entre un monde physique et un monde virtuel, entre un être de chair et un être informatique, entre un acteur et un objet numérique. 0 ou 1, ou l’un ou l’autre. La logique binaire s’appliquerait à l’acteur, ou bien ici, en chair et en os, ou bien là-bas, objet numérique, « agent » du cyberespace. Elle s’appliquerait également au spectateur, soit ici, dans la salle, en face de l’acteur, soit ailleurs, métamorphosé en objet numérique. Pourtant, la situation n’est pas si tranchée, si simple : aujourd’hui les limites sont brouillées, les frontières entre le biologique et le technologique ont perdu de leur évidence, et les positions respectives de l’acteur et du spectateur ne sont plus aussi nettes. Faire et voir ne sont plus opposés, favorisant l’émergence de nouvelles postures de l’acteur et du spectateur. Ainsi, nous verrons notamment que l’un des enjeux des théâtres virtuels est d’établir un « sentiment de présence » du joueur (qu’il soit spectateur – geste amateur – ou acteur – geste expert) dans le dispositif scénique.
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