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Jonathan Lamy |
Jonathan Lamy est doctorant en sémiologie à l’Université du Québec à Montréal, où il a complété une maîtrise en études littéraires portant sur l’ensauvagement dans la poésie québécoise. Son doctorat traite des disconvenances amérindiennes dans les pratiques poétiques et performatives contemporaines. Membre du groupe de recherche « Théâtralité et performativité » ainsi que du Centre interuniversitaire d’études sur les lettres, les arts et les traditions (CELAT), il a publié des poèmes, des comptes rendus et des articles dans différentes revues, dont Esse, Figura, Mœbius et Spirale. Il a aussi fait paraître un recueil, intitulé Le vertige dans la bouche, aux Éditions du Noroît. |
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Sujet de thèse
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«Une autre amérindianité. Disconvenances culturelles et pratiques performatives», Doctorat en sémiologie
Mon projet de doctorat, se situant au carrefour des performance studies et des études culturelles, se consacre à l’analyse de pratiques performatives qui mettent de l’avant une conception actualisée et défigée de l’amérindianité. Je réfléchis à propos et avec des créations réalisées, depuis 1987, par des performeurs, écrivains et artistes amérindiens et non amérindiens, en français et anglais, qui sont reliées à l’art de performance mais aussi à l’installation, à la poésie et à la création sonore, autant de formes d’expression qui peuvent avoir une dimension performative très présente. Mon corpus se compose d’une sélection d’œuvres littéraires et artistiques d’Yves Boisvert, Jimmie Durham, Marvin Francis, Guillermo Gómez-Peña, Joy Harjo, James Luna, Serge Pey, Diane Robertson, Guy Sioui-Durand et Josée Yvon.
À travers l’analyse de ces œuvres, j’entends développer deux notion : celle de disconvenances culturelles, qui nous amène à repenser (ne plus convenir de) ce qui formerait une culture et qui permettrait de l’incarner ou de l’évoquer de manière dynamique, inédite; et celle de pratiques performatives, qui déplace le concept de performativité vers d’autres domaines de création que l’art de performance pour montrer comment ces pratiques véhiculent une «transformance» (Richard Schechner). Durant le fil de ma réflexion, je ferai intervenir ou je m’appuierai sur des travaux qui mettent en relation le corps, l’identité et l’altérité (Jean Baudrillard, Judith Butler, Daniel Castillo Durante, Simon Harel, David Le Breton, Jocelyne Lupien), ainsi que sur des textes associés aux performances studies (Philip Auslander, Dwight Conquergood, Josette Féral, Coco Fusco, Peggy Phelan) et aux études amérindiennes (Jeanette Armstrong, Ward Churchill, Mauricio Gatti, Jack Weatherford).
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Projets
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... dans le cadre du Groupe de recherche «Performativité et effets de présence»
Performativité, effets de présence et disconvenances culturelles
Mon sujet de recherche, portant sur les disconvenances culturelles et les pratiques performatives, et dont Josette Féral est la codirectrice, est intimement lié aux travaux du groupe de recherche « Performativité et effets de présence ». La notion de performativité est au cœur de ma réflexion pour mon doctorat. D’une part, j’étudie des pratiques qui possèdent une dimension performative, soit parce qu’il s’agit d’art de performance comme tel, soit parce que l’œuvre (artistique ou littéraire) renferme un pouvoir de « transformance » (Richard Schechner) qui agit directement sur le spectateur ou le lecteur. D’autre part, j’aimerais démonter dans ma thèse que la culture, et particulièrement les cultures amérindiennes, lorsque l’on tente de les incarner ou de les évoquer, peuvent être représentées ou énoncées de manière créative, dynamique, inédite, en un mot : performative.
Bien qu’elles s’inscrivent de manière moins présente que la performativité, les notions de présence et d’effets de présence font également partie de la méthodologie de mon projet, notamment par la relation qui se trame entre le corps, la présence et la performativité. Si une partie des travaux du groupe de recherche porte sur les personnages virtuels, ma thèse porte plutôt sur des corps extrêmement réels, concrets. Par exemple, lors d’une performance intitulée Artifact piece, l’artiste amérindien James Luna s’est exposé lui-même, gisant immobile durant quelques jours en 1987, au Musée de l’Homme de San Diego. La dimension de présence dans cette œuvre est probante : un homme, un corps, un amérindien se donnait à voir aux spectateurs involontaires et parfois incrédules de cette performance. L’effet de présence de ce corps dont on doute du caractère réel, puisque le vivant n’a généralement pas sa place dans les institutions muséales, pose problème, pose des questions, quant au rapport entre le spectateur et ce que le musée lui présente, quant à notre rapport aux cultures amérindiennes mais aussi quant à la façon de présenter ou de représenter les Premières Nations.
En les rapprochant des sujets sur lesquels portent le groupe de recherche, les questions qui animent ma recherche doctorale pourraient se formuler ainsi : De quelle façon une culture peut-elle être performative? Il y a-t-il une performativité culturelle? De quelle manière peut-on être présent culturellement ou de quelle manière la culture peut s’incarner, devenir une véritable présence? Et cette présence culturelle peut-elle être porteuse de performativité? Où loge et comment peut se manifester la performativité en dehors de l’art de performance? Comment l’effet de présence d’un corps et d’une culture peuvent-elle se conjuguer avec leur performativité?
En analysant des pratiques performatives (art de performance, mais aussi art visuel et littéraire) qui mettent de l’avant une conception actualisée et défigée de l’amérindianité, je pense que mes recherches doctorales s’inscrivent de manière pertinente dans les travaux du groupe de recherche et qu’elles peuvent constituer un apport original et créatif à notre réflexion collective et interdisciplinaire. Mon bagage et ma pratique en études littéraires, en analyse de textes et en poésie me permettent d’aborder et d’appliquer la performativité et la présence dans d’autres manifestions artistiques que ce qu’on appelle les arts vivants. Ainsi, je pense avoir la capacité de transposer ces notions à des textes, tout en étant attentif à l’articulation de la performativité et de la présence dans des pratiques où l’utilisation du langage est trop souvent négligée. Même si je ne crois pas que toute performance est en quelque sorte un texte, performativité et présence sont — il n’est pas inutile de le rappeler — d’abord des mots.
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Contributions
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... dans le cadre du Groupe de recherche «Performativité et effets de présence» (2005)
Performativité, perforation et perméabilité
Dans les termes «performance», «performatif», «performativité», il y a le mot «perfore», du verbe «perforer». C’est-à-dire : «traverser en faisant un ou plusieurs petits trous» (Le Petit Robert). Plus qu’une coïncidence arbitraire qui les rend voisins dans le dictionnaire, ces deux figures, à mon sens, s’éclairent mutuellement. On peut considérer que ce qui performe perfore, et réciproquement, que ce qui perfore performe. Ainsi, la performativité serait ce qui traverse, fait des trous. Trous dans l’espace, les signes, les corps. Des trous à la fois physiques (l’espace, par exemple, est réellement altéré par le passage de la performativité) et métaphoriques, à la manière d’un mitraillement de la subjectivité, du sens et de la perception. Ces trous, faits à la fois dans le réel et la fiction, sont des trous qui se font. C’est l’acte de trouer qui serait précisément performatif. Par la brèche, il y a passage, traversée. La performativité crée ce trou nécessaire au mouvement.
Le performatif, dans son action, ne laisse pas les choses indemnes. Comme le souligne Richard Schechner dans The Future of Ritual, il y a «transformance» avec la performance. Quelque chose bouge, change, se transforme avec l’effet du performatif. Après et avec la performance, une partie du monde, de nous-mêmes, n’est plus intacte. Le préfixe per- peut d’ailleurs désigner l’excès, comme dans «perfection» et «permanence». Ce qui performe serait ainsi un excès de forme, un débordement, qui bouscule l’ordre et l’état des choses. Un second rapprochement sonore et signifiant (donc, poétique, ce qui ne veut pas dire qu’il soit intellectuellement sans conséquence) est alors à faire. Il nous permet de lier «performativité» et «perméabilité».
Un peu comme le fait la perforation, la perméabilité favorise l’échange, la traversée. Il est plus facile de percer ce qui est perméable, et ce qui est percé laisse plus aisément passer les fluides. La perméabilité permet ce jeu de laissez-passer, cette dynamique de la trouée qui rompt avec la fixité apparente du monde et qui dynamite les habitudes du regard et de la pensée. Un sujet est perméable au fluide de la performativité, à ce flux qui fait des trous. Quant au sujet qui performe et perfore, il montre sa perméabilité, sa fragilité. De manière crue, ou cruelle (avec le sens très précis qu’Artaud octroie au mot «cruauté»), lorsqu’il est seul sur scène ou, du moins, qu’il intervient dans l’espace public. La perméabilité est montrée de manière paradoxale en sport ou en mécanique, où sera performatif ce qui défie la fragilité, la masque parfaitement, donne une impression d’imperméabilité, d’absence totale de trous.
Le lien entre performativité, perforation et perméabilité trouve des exemples concrets dans certaines actions de Gina Pane, notamment Escalade non anesthésiée (1970/1971). Mais l’incarnation la plus puissante de cette relation demeure sans doute la célèbre performance de Chris Burden, Shoot (1971). Dans les deux cas, la performance consiste à perforer le corps, soit sur une échelle hérissée de pointes, soit par la balle d’un fusil. Trouer les pieds, les mains ou un bras rend visible et criante la perforation et la perméabilité à l’œuvre dans la performativité. En dehors de ces exemples extrêmes, le perforatif et le perméable peuvent se jouer bien sûr de manière plus soft, ou prendre une dimension plus précisément spirituelle, sexuelle ou culturelle.
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