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De plus en plus d'artistes déclarent « faire du théâtre » pour des dispositifs de présence à distance, qu'il s'agisse du réseau ou de nos extensions électroniques mobiles (téléphones portables, PDA, Ipod…). On peut regrouper ces différentes pratiques sous le terme générique de téléscène. Les téléscènes sont des scènes en réseau. Ces “scènes à distance” peuvent être soit des lieux numériques, comme des forums ou des environnements virtuels disponibles sur Internet, soit des lieux physiques, comme des plateaux de théâtre ou des cybercafés reliés par Internet, ou par un réseau créé pour l’occasion. Les combinaisons de lieux numériques, hébergés sur des serveurs, avec des lieux physiques, sont multiples. La scène et la salle ne sont plus des entités circonscrites, mais éclatées, démultipliées, dispersées, leur nature et leur taille variant au rythme des connexions.
Au théâtre, la co-présence est caractérisée par une absence de médiation (c’est ainsi que Benjamin distingue le théâtre du cinéma). Or l’une des caractéristiques des téléscènes est justement l'absence de co-présence dans le hic et nunc de la représentation, avec pour corollaire la médiation : les spectateurs et les acteurs se rencontrent et communiquent entre eux par le réseau, par le biais d’interfaces numériques. La médiation serait synonyme d’une perte de présence : les acteurs seraient absents aux spectateurs, et chaque spectateur serait absent aux autres spectateurs. Dispersés aux quatre coins du monde, acteurs et spectateurs sont confrontés à un “drame des distances” qui permet de repenser aujourd'hui l'organisation spatiale de la scène et de la salle, de l'espace de l'action et de l'espace de l'écoute et du regard.
Les technologies mobiles suscitent des téléscènes d’un nouveau genre, initiées sur et par le réseau mais se manifestant dans l’espace réel. D'une stratégie de délocalisation, de dispersion, on passe à une stratégie de localisation ; du cyberespace au monde physique. Ce phénomène est lié aux nouveaux modes de présence des spectateurs. Équipés d'un attirail mobile et sans fil dont les formes nous sembleront très grossières d’ici peu, ils sont reliés en permanence à différents réseaux. Au théâtre, ce bric-à-brac électronique est malvenu car il perturbe la représentation. On demande donc aux spectateurs d’éteindre complètement toutes leurs extensions électroniques, pour que leur présence ne se manifeste pas pendant le déroulement du spectacle. Autrement dit, le nouveau statut du spectateur, son corps-interface, n’est pas encore pris en compte dans les représentations qui conservent le face à face entre acteurs et spectateurs. On le renvoie à son ancien statut, alors que les signes, ou plutôt les signaux, de sa présence, se sont transformés.
Aujourd’hui, les dispositifs de présence à distance s'intéressent de prêt à ce corps signal, ce corps récepteur et réceptif, mettant au centre du débat la mobilité, dans une pratique renouvelée du nomadisme.
En retraçant un parcours historique depuis le théâtrophone jusqu’aux expériences récentes de théâtre pour téléphonie mobile, nous tenterons d’examiner différentes modalités de présence à distance dans les téléscènes.
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