Journées d’étude « Effets de présence et effets de réel dans les arts de la scène et les arts médiatiques » | 5 – 6 juin 2008


R é s u m é



Ollivier Dyens

Jeudi 5 juin 2008 | 10 h 15 – 11 h 00   

  

Université Concordia – Montréal


L'émotion dans la condition inhumaine

La plus récente œuvre des artistes français Catherine Ikam et Louis Fléri, intitulé Deep Kiss (deux visages numériques s’embrassent pendant plusieurs secondes en un plan très rapproché) est profondément troublante. Cette œuvre oblitère la possibilité de distinguer l’organique de l’inorganique, le fait du né, elle amplifie notre incapacité à nous reconnaître, à nous définir, à nous circonscrire face à la présence machine. Comment pouvons-nous nous comprendre alors que les machines produisent maintenant des œuvres d’art parfaitement irréelles, immatérielles, artificielles, qui nous émeuvent et nous troublent? Comment pouvons-nous nous définir quand la machine présente des visages numériques, sans aucun lien au réel, sans aucune attache à notre réalité, qui nous touchent, nous attristent, déclenchent en nous des courants d’empathie? Que sommes-nous si le virtuel, l’irréel, l’artificiel nous attendrissent ? Que sommes-nous si des séries de calculs informatiques nous séduisent autant qu’une peinture de Rembrandt ? Pénétrons-nous dans un monde différent, celui de la condition inhumaine, où la sensibilité sera aussi le fait des machines, des réseaux, de l’irréel et de l’artificiel? Et si tel est le cas, si l’art n’est plus qu’un mécanisme informatique, comment arriverons-nous à nous représenter?