Performativité et effets de présence chez James Luna


Jonathan Lamy
Doctorant en Sémiologie, UQÀM
Courriel : je_lamy@yahoo.ca

 

Résumé


James Luna est un artiste et performeur d'origine amérindienne et mexicaine né en 1950. Sur son site web personnel, il se décrit comme « a multimedia installation and performance artist based on the La Jolla Indian Reservation, California ». James Luna a représenté les États-Unis à la Biennale de Venise en 2005 et il a participé à la Rencontre internationale d'art performance de Québec en 2006.

Dans sa performance intitulée Artifact Piece, présentée pour la première fois au Museum of Man à San Diego en 1987, Luna exposait son propre corps, étendu presque nu sur du sable, dans une boîte semblable à celle dans lesquelles on présente des objets ethnographiques, et ce durant plusieurs jours. Commentaire critique, troublant et humoristique de la présence de cadavres, notamment autochtones, dans les musées, sa dépouille vivante était accompagné de petits écriteaux, comme ceux qui décrivent les artefacts, expliquant entre autres choses que les cicatrices sur sa peau étaient dues à l'abus d'alcool. Généralement immobile, il arrivait que le performeur tourne la tête, ouvre les yeux, retournant le regard du public comme un miroir troublant.

En entrevue à propos de cette performance, James Luna racontait :

Par cette performance audacieuse, Luna souhaitait amener les spectateurs involontaires - ceux-ci n'allant pas voir une performance contestataire, mais une exposition à saveur anthropologique - à disconvenir de plusieurs choses. Parmi celles qu'il nomme explicitement, on retrouve la représentation des Premières Nations dans les musées, leur incapacité à rendre compte de leur actualité et leur attitude qui fait perdurer la pensée coloniale en ne présentant aucun point de vue provenant des cultures amérindiennes. L'action de James Luna semble dire : "Nous, amérindiens, ne sommes pas des artefacts". Ainsi, Artifact Piece lutte contre le cliché qui relèguerait les cultures autochtones au rang de curiosités de musées, reliques d'un âge révolu, d'un lointain jadis.

Le corps chez James Luna est à la fois support et véhicule de disconvenances. Dans La Peau et la Trace. Sur les blessures de soi, David Le Breton écrit :

L'Artifact Piece constitue une performance corporelle, c'est le corps et son action - bien qu'elle soit ici minimale, même si elle demeure physiquement d'une grande exigence - qui composent l'œuvre et la critique qu'elle implique. C'est sur le corps, par la présence du corps, que repose la performativité de l'œuvre. Cette performativité nous amène à repenser notre rapport aux cultures amérindiennes, nous rappelle que, derrière les stéréotypes ou les clichés culturels, il y a des corps qui, par leur seule présence dans un contexte artistique, viennent troubler notre trop souvent confortable relation à l'altérité.